dimanche 20 mars 2016

Là où commence celle des autres, d'Adèle Laigle

Le thème apparent n’est pas aisé puisqu’il s’agit du viol d’une jeune femme par un homme sans scrupules. Pour en parler, un écrivain d’âge mûr, dont l’inspiration le dispute aux tourments d’une âme démunie face à cet épisode féroce et aux troubles qui s’ensuivent. Le narrateur déploie sous nos yeux l’histoire de cette jeune femme, au gré de son inspiration, à travers la mise en abyme d’un roman empruntée aux plus grands écrivains, d’André Gide (Les faux-monnayeurs), à Michel Butor (L’emploi du temps), ou encore Nathalie Sarraute (Les fruits d’or).

Mais si le viol semble tenir une place centrale dans le roman en construction du narrateur, c’est peut-être l’art qui tient la place principale de ce récit remarquable: Parce que la genèse d’un roman en est l’un des thèmes, bien entendu; mais surtout parce que l’inspiration du narrateur trouve son germe dans la représentation d’un ballet qui sera pour lui particulièrement marquant. Un peu comme si ce big bang artistique, comme un hapax existentiel, contenait déjà le roman dans son entier, et qu’il ne restait plus au romancier qu’à en ordonner la maïeutique. Comme l’embryon contient, dans un code, l’ensemble des traits du foetus puis de l’individu à naître. Une certaine conception de l’art, et de ses fondements.

La jeune victime, totalement démunie, court de sentiments en recherche d’apaisement, à travers un système judiciaire indigne et inhumain - ou trop humain plutôt, puisque dénué d’idéal et hanté par les carrières et ambitions personnelles de ses protagonistes: avocats, magistrats, sans que ne soit considérée une seule seconde la souffrance de la victime. L’auteure semble manifestement bien connaître la chose juridique et la machine judiciaire de notre époque. Elle nous épargne toutefois et heureusement le plan affligeant des juristes, en deux parties et deux sous-parties, pour une construction fluide et généreuse qui nous emporte dans un récit riche et particulièrement marquant.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire