jeudi 11 juin 2015

Prendre dates, de Patrick Boucheron et Mathieu Riboulet

De l’évènement à sa place dans l’Histoire, il y a le temps qui passe, l’encre qui coule et un certain nombre d’imprécisions qui irrémédiablement s’installent dans l’esprit de chacun, fut-il journaliste ou historien. Le journaliste capte l’instant, il le décrit à travers son prisme personnel; l’historien place ou replace cet instant dans un contexte, il l’envisage dans la période qui lui correspond, il l’associe à des courants, à des tendances, il l’étudie, il l’explique. Mais qui du journaliste ou de l’historien en arrive à « faire » l’Histoire ? Auquel doit-on cette formidable fabrique de ce qui lie chacun de nous au passé de tous les autres? Les deux ? Aucun ? 


Mathieu Riboulet et Patrick Boucheron se gardent bien de répondre à cette question, mais il est bien certain et évident qu’ils affirment par l’exemple le rôle de l’écrivain dans ce long processus de maturation de l’histoire, le rôle central de l’écrivain. Ainsi des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher en janvier 2015. 

Leur petit livre sec et haletant est une description sans concessions de ce qui a pu traverser l’esprit d’un français entre le 6 janvier et le 14 janvier, entre la veille des attentats et le lendemain de la parution du numéro historique de Charlie Hebdo tiré à plusieurs millions d’exemplaires. Toutes les phases du traumatisme qu’a constitué cette courte période de notre histoire nationale sont minutieusement décrites, du rassemblement spontané sur la Place de la République le soir du 7 janvier, à l’incompréhension qui a suivi la parution du numéro suivant de Charlie Hebdo, en passant par l’hébétude collective qu’a constitué la traque des terroristes. 

Voltaire, Jaurès sont convoqués; et avec eux Briand, Ferry, Clemenceau peut-être, entre les lignes. Et des questions, surtout des questions: La France, c’est quoi? La laïcité c’est quoi? L’incompréhension aussi, particulièrement à propos du relativisme qui a suivi la parution du numéro suivant de Charlie Hebdo. Chaque lecteur aura, espérons-le, le sentiment qu’il aurait pu écrire ce livre - ne tenons pas compte du talent particulier des auteurs - et chacun essaiera, espérons-le, de trouver des réponses aux questions du narrateur. Que faire à présent?




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