mardi 16 avril 2013

Home, de Toni Morrison

Le cœur de l’activité philosophique consiste à répondre à la question Qu’est-ce que l’homme. Et les artistes, les peintres, les poètes, en ce qu’ils livrent une vision, des fondements à cette activité, éclairent le chemin du philosophe, et parfois le guident. Toni Morrison y parvient merveilleusement avec son œuvre.


Dans son dernier roman, elle livre une vision entière et intransigeante de l’homme, de sa condition, et de sa dignité. Elle dépasse en fait et de loin la simple question de l’homme, pour explorer la face la plus sombre de sa condition, et surtout de ce qui parfois le soustrait à cette condition, ce qui le déshumanise, pour des raisons que l’humanité toute entière ne saurait avouer : Un homme interné pour vagabondage. Le même homme, acteur et victime des ravages de la guerre. Une femme devenue le cobaye involontaire des expériences d’un médecin. Un fils et son père condamnés à se battre jusqu’à la mort. Autant de situations qui font d’un homme une victime, et avec lui l’humanité toute entière. Montaigne n’est pas bien loin...

La narration est entrecoupée de chapitres assimilables aux songes de l’auteure, dans lesquels le personnage principal, Franck Money, conte ses histoires invraisemblables mais pourtant bien réelles, sur les routes de l’Amérique des années cinquante ou au cours de la guerre de Corée.

Le style est hérité des plus grands écrivains américains du vingtième siècle. Il exprime un cri sourd et continu qui ne trouve son apaisement qu’à la dernière ligne du roman, en restaurant la dignité d’un homme inconnu, et avec lui une certaine idée de l’humanité.

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