vendredi 16 décembre 2011

Rien ne s'oppose à la nuit, de Delphine de Vigan

La famille est certainement un repère essentiel de l’organisation de notre société. Mais est-elle toujours la meilleure source d’émancipation et d’épanouissement pour les individus qui la composent ? Un comportement déplacé, malsain ou franchement condamnable entre membres d’une même famille peut-il avoir des répercussions sur les générations suivantes ? Sommes-nous condamnés à subir puis reproduire les errements de ceux qui nous précèdent ou notre rapport à nos enfants peut-il au contraire se détacher de ces aspects et se construire selon un libre-arbitre franc et assumé ? 

Parce qu’elle est particulièrement concernée par ces questions à travers l’itinéraire de sa mère Lucile, Delphine de Vigan nous en offre une réponse dans Rien ne s’oppose à la nuit, publié après une longue enquête dans son noyau familial, de la succession d’entretiens avec les membres encore vivants de sa famille à l’épluchage de toutes sortes de documents concernant sa mère.

On devine rapidement que Lucile n’a pas vraiment été une mère pour la narratrice. Elle ne l’appelle d’ailleurs jamais maman. Mais ce qui est intéressant, ce sont les pistes qu’elle ouvre pour esquisser une ou des explications à ce fait troublant. Les non-dits se transforment rapidement en données brutes, dures, franches, limpides, cathartiques. Et chacun peut se faire une opinion sans que ne lui soit imposé un quelconque jugement sur les uns ou sur les autres. La mesure accompagne chaque page. La douceur aussi.

Au fur et à mesure de la lecture et particulièrement dans les passages où le narrateur décrit la difficulté rencontrée à exploiter le cœur de cette histoire familiale, par essence non publique, on entrevoit les larmes qui ont pu couler sur le clavier de l’auteur, au gré de l’écriture de cette œuvre littéraire qu’elle prend la précaution d’appeler roman. C’est une manière élégante pour Delphine de Vigan de nous offrir la Généalogie de sa Morale, avec le style inimitable qui fait l’exception de son écriture. 

2 commentaires:

  1. Finalement, après tous ces mois, de Delphine de Vigan je n'ai lu que "Les Heures souterraines" que j'ai beaucoup aimé.
    Sinon, j'ai vu l'adaptation de "No et moi" sans avoir lu le livre, mais j'ai très envie de me plonger d'avantage dans la biblio de cette auteure.

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