mercredi 12 octobre 2011

Mémoires de guerre, de Charles de Gaulle

Du Général de Gaulle on a l’image du Père de la Nation, l’homme providentiel qui s’est érigé seul contre l’invasion de la France par l’Allemagne nazie. Et on a tendance, en général, à négliger son œuvre littéraire qui pourtant est riche, avant guerre comme après guerre. Les Mémoires de Guerre reprennent son action, de l’avant-guerre à l’année qui a suivi la libération de la France par les forces alliées contre les forces de l’axe.

Les sentiments qui assaillent le lecteur à la lecture de ces Mémoires sont de plusieurs ordres. L’œuvre est monumentale, trois livres, plus de six cent pages - ce qui, à écrire n’a probablement pas été une petite affaire. Des détails parfois très précis sont livrés, de l’action entreprise ou des effets subis ici ou là au grès des évènements, de la part de certains alliés, Roosevelt, Churchill, Staline, mais aussi de la part de certains résistants ou prétendus tels, sur le territoire français comme sur les territoires de la France libre.

Si l’écriture de ces Mémoires apparaît comme une entreprise monumentale, que dire de celui qui a vécus uns à uns les évènements qu’il y décrit ? Comment un homme manifestement seul a-t-il pu par la seule force des mots se revendiquer de la France et de son histoire, se proclamer son représentant et être progressivement rejoint par des hommes exceptionnels qui avec lui ont fait la libération, de Pierre Brossolette à Jean Moulin, du Général de Larminat aux Généraux Leclerc et Koenig ? Tout est dit, en fait, au niveau des deux premières phrases de ces Mémoires : « Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l’inspire autant que la raison. » Il y a ici comme une évidence que Charles de Gaulle n’a conduit son existence jusqu’en 1940 que pour le cas où adviendrait un désastre politique et militaire dont il serait le témoin, puis l’acteur décidé, et enfin le libérateur.

Maintenant que se passerait-il si un désastre comparable à la débâcle de juin 40 devait advenir aujourd’hui ? La France ferait-elle face ? Les français, manifestement, ne sont pas plus courageux qu’ils ne l’étaient à l’époque. Notre vie politique, économique et sociale apparaît encore aujourd’hui comme une chronique des lâchetés ordinaires. L’individualisme y est cultivé et les instincts les plus grégaires ne sont exacerbés que pour le célébrer. Le corporatisme est triomphant. La xénophobie règne, dans son acception fondamentale, comme la maîtresse des passions serviles d’individus aux esprits étriqués. Celui qui est différent est combattu. Le fautif, avéré ou supposé, est livré aux chiens.

Les moments sont particulièrement rares où les français se montrent comme un seul peuple, partageant des valeurs communes, justes et universelles. Mais il y a pour autant et certainement parmi nous un certain nombre d’individus courageux qui à l’instar de Pierre Brossolette décideraient de faire face et d’offrir leur vie en suivant un autre homme qui aura décidé d’éclairer l’avenir avec l’idée qu’il se fait de la liberté, comme l’a fait le Général de Gaulle. Cherchons du coté des intransigeants. Cherchons du coté de ceux qui ne baissent pas les yeux. Qu’ils soient avec ou sans grade. Puissants ou démunis. Cherchons du coté de ceux qui gardent un air grave, s’attachent à des principes, qui aujourd’hui passent inaperçus mais qui pourraient demain, si les circonstances l’exigeaient, décider de tout quitter pour cultiver l’idée selon laquelle ils vivent et pour laquelle ils sont prêts à tout perdre. C'est en cela que les Mémoires de Guerre font une œuvre intemporelle, qui restera actuelle tant que la France le sera aussi.




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