vendredi 28 octobre 2011

L'art français de la guerre, d'Alexis Jenni

La guerre est-elle la grande affaire des nations, comme l’affirmait Sun Tzu dans son Art de la guerre auquel renvoie immanquablement le titre du dernier roman d’Alexis Jenni ? Est-elle la continuation du Politique par d’autres moyens, comme le théorisait Clausewitz avant d’influencer Clémenceau et de Gaulle au siècle dernier ? Quelque soit sa forme, l’engagement de ses acteurs se nourrit-il de nationalisme? D’idéalisme ? De professionnalisme ? De dépit ? 

Alexis Jenni soulève un fait indéniable dans son Art français de la guerre, à propos des trois dernières guerres dans lesquelles l’armée française était totalement engagée : La seconde guerre mondiale, la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie, qu’il regroupe en une seule grande Guerre de vingt ans. C’est que chacune a été l’occasion d’affrontements sanglants entre français : Résistants contre collaborateurs, français colonisés d’Indochine contre l’armée française, français colonisés d’Algérie contre l’armée française. Et qu’au fond, cette grande guerre de vingt ans a été le révélateur imperturbable et sommaire de l’absence d’unité française pendant ces années. Et depuis ces années aussi, puisque la militarisation des forces de police, des forces de maintien de l’ordre dans certains quartiers, procède de toute évidence de la poursuite et de l’entretien de cet aspect de notre société. Hegel n’est pas très loin, avec son sens de l’histoire.

Un autre fait marquant, indéniable et peu glorieux de ces trois guerres est que le fondement sur lequel était posé l’engagement français dans ces conflits était celui de la race. Notion absurde et arbitraire pour un biologiste de bon sens comme s’en réclame l’auteur, mais tellement colportée, valorisée et défendue par des groupuscules d’ignorants qu’elle paraît aussi plausible que l’existence de Dieu pour un intégriste catholique. Ainsi oui, les guerres d’indépendance se sont nourries de racisme. Le peuple français n’était pas Un et la République n’était pas la même pour tous, selon l’origine et la lignée, sur ces territoires qui pourtant étaient tous de France.

Pour illustrer ses thèses, l’auteur s’appuie sur deux personnages représentatifs du militaire engagé de notre époque. Le premier est Victorien Salagnon. Idéaliste, courageux et digne, on le trouve dans les récits d’Erwan Bergot, il est l’idée que l’on voudrait avoir de notre armée. Le second, Mariani, réactionnaire et révolté, l’anti-intellectuel, illustre particulièrement la thèse de l’auteur, selon laquelle la société française est faite de défiances, de séparations, de haines et de rejet de la différence visible.

Avec son premier roman, Alexis Jenni nous amène à envisager la guerre sous l’angle de l’humanité et du ressenti personnel du soldat. Son style est travaillé, poétique, et soucieux du reflet fidèle du sentiment éprouvé par le militaire engagé sur des théâtres d’opération qu’il n’a pas choisi, mais sur lesquels il sert parce que son engagement vis à vis de sa Nation est total et indiscutable. Ainsi et paradoxalement, Alexis Jenni offre un regard dur et particulièrement négatif des dernières guerres françaises, mais il réconcilie ses lecteurs avec les militaires et avec leur engagement. C’est un livre particulièrement marquant.


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