vendredi 2 septembre 2011

Ce que j'appelle oubli, de Laurent Mauvignier

Cinquante-cinq pages. Une seule phrase. Le tout pour raconter une injustice.

Quand David Pujadas relate la mort d’un homme suite à son passage à tabac par trois vigiles dans l’annexe d’un supermarché parce qu’il y a bu une bière sans l’avoir payée, le malaise est palpable. Mais rapidement on passe à autre chose, on parle de l’équipe de France de football, ou de la dernière petite phrase d’un candidat à la présidentielle. Mais quand Laurent Mauvignier s’inspire d’un tel fait divers et fait raconter par son narrateur au frère du disparu ce qu’ont probablement été ses dernières minutes, son sentiment, ses souffrances, ses derniers mots, le malaise se fait crispation, puis il devient colère.


Ce qu’il appelle oubli, c’est de n’avoir pas eu le temps d’aimer vraiment, parce que ce temps a été volé par d’autres. Ce qu’il dit en une phrase, en un souffle long et implorant, c’est qu’un homme a disparu sous les coups de trois barbares qui pourtant se sont probablement pris pour des justiciers. Il avait bu une bière dans un supermarché sans l’avoir payée. L’humanité c’est aussi cela.

Le style est Célinien. Le récit est un long crachin, un voyage au bout de la vie. Pas de point, pas de majuscule. Avant c’était la vie. La fin c’est un tiret qui succède à ce que le narrateur imagine des derniers mots soufflés par la victime : pas comme ça, pas maintenant. Pouvons-nous vraiment appeler cela un fait divers ?


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