jeudi 14 juillet 2011

Retrait de marché, de Clément Caliari

Avec l’amélioration des règles d’hygiène au quotidien, les progrès de l’industrie pharmaceutique constituent la part essentielle de ce qui a permis d’allonger l’espérance de vie des populations occidentales depuis le début du vingtième siècle et jusqu’à nos jours. En quelques dizaines d’années, des solutions thérapeutiques contre certains cancers, contre certaines maladies infectieuses, cardiovasculaires, neurologiques, ont été mises au point et ont contribué à réduire la morbidité dans les pays industrialisés. 


Pour autant cela n’exonère pas les industriels du médicament des précautions les plus élémentaires pour la mise au point de nouveaux produits : Retrait de marché reprends le scandale du Stalinon dans les années cinquante, dans lequel le pharmacien Georges Feuillet croyant avoir mis au point un antibiotique à très large spectre a en fait contribué à la mort de plusieurs centaines de patients, manifestement par négligence.

Le parti pris de l’auteur à travers ce récit satyrique haut en couleur semble relativement  indulgent pour les industriels du médicament : Derrière l’humour parfois grinçant on entends surtout la psychologie du chercheur obsédé de reconnaissance et de gloire parfois jusqu’à la névrose, mais bien loin de l’assoiffé de profits régulièrement décrit dans nos sociétés.

Louis Lémure, le personnage principal, voulait juste sauver des malades et laisser une image glorieuse. A défaut de cela, Lémure ira dans le mur... Son médicament a beau s’appeler le Résiston, il ne résistera pas face au verdict du tribunal de la Seine... Et on sent bien au fil des pages que l’auteur s’amuse avec les noms des personnages et des choses. Notamment on se régale de ce que l’expert judiciaire issu de la sphère académique et interrogé par le tribunal s’appelle Corleone, dans la troisième partie du récit... 

Pour le sujet qu’il traite, Retrait de marché est un roman tout à fait actuel, notamment parce que le scandale du Médiator a défrayé la chronique ces derniers mois. Mais on sent derrière le style une volonté de présenter les choses de manière un peu moins manichéenne que ce que les médias réservent en général quand ils traitent de l’industrie pharmaceutique. En somme, le médicament est une affaire d’êtres humains, imparfaits donc mais rarement mauvais. Leurs erreurs ne méritent pas forcément l’opprobre qui leur est jetée. Ce premier roman de Clément Caliari incite à y réfléchir. 
 

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