lundi 6 juin 2011

Manifeste Hédoniste, de Michel Onfray

En plus des mots et phrases qui les composent, les livres peuvent aussi être bons par leurs illustrations, par leur mise en pages, par l’enchaînement de leur contenu. C’est le cas du Manifeste Hédoniste de Michel Onfray qui en plus de rappels synthétiques des principaux éléments de sa philosophie propose des témoignages illustrés de proches du philosophe qui viennent conforter la cohérence de sa pensée et habiller certaines de ses idées.


Bien entendu, le contenu ne déçoit pas. Michel Onfray reprends un à un les principaux thèmes de sa philosophie, dont beaucoup ont déjà fait l’objet d’un livre marquant, comme il avait commencé à le faire avec La puissance d’exister, afin que chacun se confronte aux autres et que tous viennent résonner harmonieusement pour consolider son œuvre. Ainsi de son Ethique, présentée il y a près de vingt ans dans La sculpture de soi ; sa vision politique, issue de Politique du rebelle ; sa Psychologie, voulue dans Le crépuscule d’une idole ; l'Erotique, avec sa Théorie du corps amoureux, et beaucoup d’autres rappels à ses livres antérieurs.

Ce qui intéressera le lecteur pour peu qu’il se soit intéressé à l’œuvre de l’auteur sera peut-être aussi le renversement généalogique de la construction du contenu de l’ouvrage : Habituellement le philosophe proposait une citation - de Nietzsche en général - il illustrait cette citation par un élément de son vécu, un hapax existentiel, et argumentait enfin sur le thème proposé en livrant une vision philosophique de ce vécu. Ici c’est l’inverse, la philosophie précède le témoignage comme si le philosophe résolu à penser en homme d’action voulait aussi montrer qu’il lui arrive d’agir en homme de pensée.

La richesse des témoignages vient naturellement enrichir le livre, dont celui de l’artiste Gérard Garrouste ; celui de Jean-Paul Enthoven, son éditeur qui se décrit comme son exact contraire – Affirmons à ce propos qu’il est possible pour un amoureux des livres d’apprécier Ce que nous avons eu de meilleur ou La dernière femme autant que L’art de jouir ou Le recours aux forêt, chacun venant se cogner à un aspect particulier de nos personnalités forcément complexes – ; celui de Guy Bedos, que l’on croît écouter sur scène en le lisant ; quatre œuvres de Titouan Lamazou ; le travail de Jean Lambert-Wild illustré par de remarquables clichés; le témoignage d’acteurs de l’université populaire de Caen et bien d’autres qui viennent créer un univers autour de la philosophie de Michel Onfray.

En plus des éléments philosophiques qui le composent, le Manifeste Hédoniste de Michel Onfray est donc surtout un bel objet, ce qu’on appelle un « livre habitable », un livre qu’il faut laisser traîner sur son bureau ou sur une table pour être certain de tomber régulièrement dessus, un peu par hasard, et prendre le temps de le feuilleter quelques minutes, lire un chapitre au hasard, admirer quelques illustrations, et ne pas bouder son plaisir.


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