lundi 6 juin 2011

Magnus, de Sylvie Germain

A l’heure où les esprits s’enflamment à propos d’identité, le Magnus de Sylvie Germain invite à revenir aux fondamentaux, à travers l’itinéraire singulier d’un garçon rescapé de l’opération Gomorrhe, le bombardement de la ville de Hambourg en juillet 1943.


Adopté par l’épouse d’un criminel nazi, hébergé à Londres par le frère de cette dernière, exilé aux États-Unis, installé à Vienne, cloitré en France, le parcours de Magnus est un éternel retour du même à son commencement, en quête de ses origines puisqu’il est amnésique de tout ce qui a précédé le bombardement de Hambourg. Seul lui reste son ourson lui-même dénommé Magnus. Mais plus qu’une quête de ses racines, ses pérégrinations se transforment rapidement en une quête de sa vérité ontologique. A travers ses rencontres féminines, et par les relations qu’il tisse, il trouve en lui son chemin et apprend à être lui-même. Il devient celui qu’il est.

Il s’avère rapidement que l’identité de Magnus n’est pas celle que d’aucuns voudraient lui imposer. Qu’il s’agisse de sa mère adoptive qui voudrait faire de lui le parfait aryen, qu’il s’agisse de son oncle qui cherche à l’initier aux bienfaits de la religion ; quelque soit la volonté d’un tiers il ne cherche que du coté de ses origines véritables, et ne semble trouver finalement qu’au plus profond de lui-même. C’est là une belle leçon pour les thuriféraires de l’identité nationale, qui aujourd’hui pétris de certitudes ne peuvent admettre que le seul et unique élément collectif valable pour définir l’identité ne peut être que l’humanité, quand le reste est fait de singularités à cultiver.

L’imaginaire de l’auteur est d’une richesse déconcertante dans ce roman. La poésie de certaines scènes évoque des émotions rarement égalées. La langue est souple, le vocabulaire est choisi, le rythme est maîtrisé. De la première à la dernière page, le lecteur est porté par le texte, qui entrecoupé de séquences ou résonances agit comme un quatuor de violons installé au milieu de l’abbaye aux dames. Et entre les notes, le silence...


1 commentaire:

  1. j'ai lu ce livre il y a quelques années et je dois avouer qu'il m'a beaucoup touché. Le parcours de cet homme et son éternel retour à l'enfance par biais de l'ours est très bien ficelé et donne lieu à un roman très profond.

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