mercredi 22 juin 2011

Un cercle de lecteurs autour d'une poêlée de châtaignes, de Jean-Pierre Otte

Le mieux pour partager le goût des livres c’est de lire ce roman de Jean-Pierre Otte. Et en particulier le quatrième chapitre dans lequel au prétexte de la réparation d’un carreau cassé il nous emmène aux tréfonds d’une réflexion large et généreuse autour des conditions de possibilité de l’existence d’un livre, de la vie de l’écrivain, de sa physiologie et de son rôle dans le choix de ses mots, de ses phrases, de leur musicalité, à la vie du lecteur, sa recréation du livre et son appropriation par la lecture, en passant par l’existence même de l’objet, son transport, son rangement, et beaucoup d’autres aspects.


Pour le reste, le livre entier est placé sous le signe de la générosité, du partage, de l’échange, autour de livres bien sûr mais aussi autour de mets et de vins fameux : Quand il est question du plaisir d’exister le pas est vite franchi du cercle des bibliophages à celui des œnopotes et Jean-Pierre Otte nous invite à le franchir sans emphase et avec allégresse : Son cercle de lecteurs se réunit pour parler de livres, de littérature, mais aussi pour apprécier des produits et les partager, pour le plaisir d’être ensemble.

Le cercle de lecteurs décrit dans le roman est intéressant pour les personnages qui le composent. Ces derniers sont d’origine et de condition diverses, sans que cela ne vienne nuire à leur entente. Le cercle n’est pas figé, il est dynamique et son existence se poursuit en dehors des réunions organisées, chez les uns ou chez les autres. Le cercle n’a pas de centre permanent, il est un rhizome au sens de Gilles Deleuze. Son existence s’affranchit d’une quelconque hiérarchie et laisse chaque élément, chaque participant influencer l’autre sans remettre en cause l’existence même du cercle. Il y est question d’affinités électives, sans la dimension tragique de Goethe dans son ouvrage éponyme mais avec une alchimie, une attirance des uns par les autres selon des lignes de forces composées de littérature, de gastronomie, d’œnologie, et de plaisir de vivre en général.

Une mention spéciale doit être portée à l’un des personnages qui sans enlever l’intérêt  que chacun peut porter aux membres du cercle mérite une attention particulière ne serait-ce que parce que l’auteur semble en avoir voulu ainsi : Hubert-Antoine Ronveaux, personnage conceptuel, attachant, solaire, que tout lecteur du dernier roman de Jean-Pierre Otte aura nécessairement envie de rencontrer. Un esprit libre devenu celui qu’il est, affranchi des lourdeurs de son époque et talentueux poète, synthèse de joie de vivre, de partage, de jubilation et de générosité, qui manifestement existe au moins partiellement puisque son Coq à poil donne de nombreuses et cohérentes occurrences dans Google. S’il est une invitation à lire d’autres livres, celui de Jean-Pierre Otte donne au moins envie de lire celui d’Hubert Antoine : Introduction à tout autre chose.

De proche en proche, le récit de Jean-Pierre Otte est aussi une invitation au voyage à la découverte des régions du sud du massif central. A sa lecture on voit les causses, la bruyère, on entend souffler le vent d’autan et on s’imagine traverser cette région au début de l’automne au moment où les feuilles des arbres renvoient des reflets orangés, jaunes ou rouge sang, qui tranchent avec le bleu du ciel et le vert des épineux. Jean-Pierre Otte nous invite à partager son choix de vie avec aménité, douceur et générosité. Merci à lui. 




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