lundi 25 avril 2011

La route, de Cormac McCarthy

Que reste-t-il de l’Homme lorsque la société des hommes disparaît ? L’homme civilisé retourne-t-il à l’état sauvage ? L’enfant qui n’a pas connu la civilisation se comporte-t-il en animal ? Quelle peut être l’intimité psychologique d’un survivant à l’apocalypse ? La route apparaît comme une tentative de réponse à ces questions fondamentales: L’apocalypse a eu lieu, un père et son fils cherchent à survivre et marchent vers le sud. Les relations entre survivants se résument à une lutte anthropophage pour s’approprier les produits rares : nourriture, armes, vêtements chauds. Tout au long de leurs déplacements chaotiques, le petit et son père sont livrés à eux-mêmes, confrontés à l’instinct des autres survivants et aux éléments naturels.



Il semble que dans l’esprit de l’auteur, l’apocalypse et la disparition de la société organisée entraînent un retour de l’homme à l’état de nature. La différence entre bien et mal se réduit alors à peu de choses et chacun devient le seul juge des moyens nécessaires aux modalités de sa survie. Sur ce point, la trame philosophique du récit de Cormac McCarthy emprunte explicitement au Léviathan de Thomas Hobbes, pour qui l’homme est un loup pour l’homme. Mais il reste tout de même une exception notable aux emprunts à Hobbes dans La route : La relation du père à son fils, qui n’est faîte que de dévouement, de générosité, de sacrifice, bien loin de l’état de nature imaginé par le philosophe anglais. Le père ne semble accepter de vivre que par son fils et pour son fils. L’enfant était tout ce qu’il y avait entre lui et la mort, écrit superbement l’auteur. Comme si le seul fait d’être père amenait naturellement et spontanément de nouveaux instincts, laissant vouloir que notre existence subjective ne se suffise plus à elle même et qu’elle aille puiser dans la vie d’un enfant les seules raisons de sa continuité. En cela, La route est essentiellement un livre sur la paternité.


Les dialogues ne sont pas ponctués, ce qui laisse l’impression qu'ils sont intimement liés à la narration, indissociables. Le style est épuré comme un paysage post-apocalyptique. Le récit apparaît à la fois comme un puissant silence et comme un dialogue avec La bible. La route ne peut pas laisser indifférent, sa lecture est bouleversante, elle conforte violemment notre rapport à nos enfants. C’est un livre absolu.

2 commentaires:

  1. Depuis que j'ai vu le film, j'ai très envie de lire le roman... Ce billet me motive d'avantage!

    RépondreSupprimer
  2. Magnifique billet, qui rejoint mon sentiment sur ce livre qui nous mène du désespoir au réalisme en descendant vers le Sud. Merci

    RépondreSupprimer