mercredi 16 mars 2011

Des gens très bien, d'Alexandre Jardin

C’est une grande satisfaction de commencer ici avec le dernier livre d’Alexandre Jardin, Des gens très bien, chez Grasset. D’abord parce que l’auteur est fondateur de Lire et faire lire, une association pour partager avec les enfants le plaisir de la lecture. Une association pour donner le goût du livre à tous les enfants de tous les départements de France. Alexandre Jardin s’en revendique explicitement dans Des gens très bien, invoquant un hommage à la religion du Livre : un hommage au judaïsme.


Mais pourquoi un tel hommage ?

Il faut dire qu’il transpire la culpabilité ce livre plein d’émotions, de transparence et de sincérité : Il dit l’histoire de son grand-père, Jean Jardin, principal collaborateur du pire des collabos français, à savoir Pierre Laval, chef du gouvernement du maréchal Pétain pendant la rafle du Vél d’Hiv, complice explicite de la déportation de milliers de juifs de France pendant l’occupation.

Mais de quelle manière Alexandre Jardin pourrait-il être coupable des turpitudes de son grand-père ? Quelle responsabilité peut-il porter sur les évènements qui ont précédé sa naissance ? Manifestement, ne pas écrire ce livre aurait pu constituer une lourde culpabilité: L’entretien du roman familial, alimenté par son père Pascal dans deux de ses livres, La guerre à neuf ans et Le Nain jaune, la continuation du mensonge et des non-dits, les faux-semblants. Son écriture, si elle est faîte de culpabilité et de souffrance, présente assurément des vertus explicitement cathartiques : Je me sens sale, je me sens coupable, mais cela serait bien pire si vous ne lisiez pas ces lignes...

Et quelle audace ! Quel courage ! Tout est dit dans le premier chapitre : « Un exercice de trahison de ma lignée, une volte face qui m’interdit sans doute d’être un jour enterré auprès des miens ». Il fallait le voir, Alexandre Jardin, invité chez Frantz-Olivier Giesbert pour présenter son livre, entièrement ému et intimidé de devoir justifier une telle démarche dans une émission littéraire aux cotés – par hasard – d’Edgar Morin, un monument de la résistance française. Là aussi, tout a été dit en une phrase : « Pour être fidèle à ma famille, je suis fidèle à mes enfants ». Sous-entendu : Je suis responsable de mes enfants, je leur dois la vérité et ma vision de toutes choses, quand je ne peux assumer les agissements de mes ascendants fussent-ils décorés ou reconnus du plus grand nombre. Je fais ce que je dois.

Que nous dit ce livre de nous-même et de notre pays ? Que nous apprend-t-il de notre histoire commune ? Il nous dit que manifestement la vérité peut triompher des fantasmes collectifs. Qu’elle doit triompher. Ce livre réveille en nous une révolte explicite face à la lâcheté des occupés. Il nous ouvre à une conscience salutaire. Il nous rend lucides. Mais qui serions-nous ? Combien y-aurait-il de Jean Moulin ou de Pierre Brossolette si la guerre devait se produire aujourd’hui ? Et combien y aurait-il de fonctionnaires techniciens résolument irresponsables des politiques mises en œuvres, combien de Jean Jardin, grands ou petits ? Chacun devrait se lever le matin avec ces questions à l’esprit. Sans relâche.



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