dimanche 19 février 2017

Dans le secret, de Jérôme Ferrari

La solitude ontologique comme principal élément de notre condition humaine, beaucoup s’y sont penché ces dernières années. On pense à Houellebecq, qui ne semble parler que de ça dans la majeure partie de son oeuvre depuis Extension du domaine de la lutte. Mais Jérôme Ferrari semble ici franchir un pas décisif avec un récit intransigeant et saisissant, sans ménagement pour l’homme occidental qu’incarnent les deux principaux personnages de ce roman sec et rythmé. 

lundi 9 janvier 2017

La montagne morte de la vie, de Michel Bernanos

Prenez un père monumental, Georges Bernanos, l’auteur de Sous le soleil de satan et du Journal d’un curé de campagne, une famille déterminée et engagée dès les premières heures de la France libre avec le Général De Gaulle, un enfant qui grandit dans l’ombre de ceux-là: Michel Bernanos, et vous obtenez l’auteur de La montagne morte de la vie, un roman magnifique, un récit épique à la confluence de l’oeuvre de Jules Verne (Voyage au centre de la terre) et de Louis-Ferdinand Céline (Voyage au bout de la nuit) dont la puissance narrative n’a rien à envier aux plus grands écrivains. 

mardi 27 décembre 2016

De l'âme, de François Cheng

La question philosophique de l’esprit et du corps est probablement plus vieille que la philosophie elle-même, mais les grandes spiritualités envisagent un élément de plus avec l’âme - anima en latin, ψυχή chez les grecs, ru’ah pour le judaïsme, rouh pour les musulmans – que reprend François Cheng dans un livre magnifique écrit sous forme épistolaire : De l’âme.

dimanche 20 mars 2016

Là où commence celle des autres, d'Adèle Laigle

Le thème apparent n’est pas aisé puisqu’il s’agit du viol d’une jeune femme par un homme sans scrupules. Pour en parler, un écrivain d’âge mûr, dont l’inspiration le dispute aux tourments d’une âme démunie face à cet épisode féroce et aux troubles qui s’ensuivent. Le narrateur déploie sous nos yeux l’histoire de cette jeune femme, au gré de son inspiration, à travers la mise en abyme d’un roman empruntée aux plus grands écrivains, d’André Gide (Les faux-monnayeurs), à Michel Butor (L’emploi du temps), ou encore Nathalie Sarraute (Les fruits d’or).

vendredi 22 janvier 2016

L'homme qui aimait trop travailler, d'Alexandre Lacroix

Deux conceptions du travail sont généralement proposées voire opposées à notre époque : la conception anglo-saxonne du labeur (labor), comme celle d’un travail qui offre à l’individu un épanouissement social, économique, politique ; et la conception latine, basée sur l’étymologie du mot trepalium qui décrit un instrument de torture, et qui évoque la contrainte, le supplice.

mardi 20 octobre 2015

Il était une ville, de Thomas B. Reverdy

Après Les Evaporés, qui était exceptionnel, il n’a pas fallu beaucoup d’efforts pour se procurer et pour dévorer le dernier roman de Thomas B. Reverdy, Il était une ville, une description sans concessions des ravages de la crise de 2008 sur le devenir d’une ville: Detroit, Michigan - et de ceux par qui elle existe: ses habitants, son maire, ses policiers, ses travailleurs. 

jeudi 11 juin 2015

Prendre dates, de Patrick Boucheron et Mathieu Riboulet

De l’évènement à sa place dans l’Histoire, il y a le temps qui passe, l’encre qui coule et un certain nombre d’imprécisions qui irrémédiablement s’installent dans l’esprit de chacun, fut-il journaliste ou historien. Le journaliste capte l’instant, il le décrit à travers son prisme personnel; l’historien place ou replace cet instant dans un contexte, il l’envisage dans la période qui lui correspond, il l’associe à des courants, à des tendances, il l’étudie, il l’explique. Mais qui du journaliste ou de l’historien en arrive à « faire » l’Histoire ? Auquel doit-on cette formidable fabrique de ce qui lie chacun de nous au passé de tous les autres? Les deux ? Aucun ? 

mardi 16 avril 2013

Home, de Toni Morrison

Le cœur de l’activité philosophique consiste à répondre à la question Qu’est-ce que l’homme. Et les artistes, les peintres, les poètes, en ce qu’ils livrent une vision, des fondements à cette activité, éclairent le chemin du philosophe, et parfois le guident. Toni Morrison y parvient merveilleusement avec son œuvre.

lundi 24 septembre 2012

Pierre Brossolette, par Eric Roussel

Des rues, des stades, des écoles portent son nom, sans que bien souvent nous n’en connaissions la raison. De la résistance intérieure française au cours de la seconde guerre mondiale, l’Histoire a surtout retenu le nom de Jean Moulin. Mais il ne faudrait pas oublier ou négliger celui de Pierre Brossolette.

Son engagement dans la résistance n’a pas été le fait d’une opinion politique comme l’était celui des communistes à partir de la rupture du pacte germano-soviétique en juin 1941. Il n’a pas non plus été le fait d’un patriotisme intransigeant comme l’était celui du Général de Gaulle dès juin 1940. Pierre Brossolette a semblé vouloir s’engager par principe. Simplement parce que le parlement avait piétiné la Constitution de la République en votant les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 1940.

lundi 23 janvier 2012

Tais-toi et pardonne, de Laurent de Villiers

Le crime serait double: Un jeune homme aurait violé son frère cadet à plusieurs reprises. Leur famille aurait pris le parti du silence.

A travers ce témoignage, Laurent de Villiers livre sa vérité du feuilleton judiciaire qui égrène l’actualité depuis qu’il a décidé de déposer plainte contre Guillaume, son frère ainé, pour des violences sexuelles subies durant son enfance. Il revient sur ses origines, sur sa famille, sur la religion, sur la carrière et l’ambition politique de son père. Il livre un certain nombre de clés qui sans proposer une généalogie explicite des faits viennent lourdement mettre en cause l’éducation qu’il a reçue, notamment pour son versant intégriste. 

jeudi 19 janvier 2012

Le rabaissement, de Philippe Roth

La vie comme parcours ontologique n’est pas une ligne droite faite de points rigoureusement alignés et portés vers un sommet. Elle n’est pas non plus une courbe ascendante axée vers l’excellence de manière asymptotique. La vie envisagée à l’échelle de l’individu est bien souvent une courbe sinusoïdale, faite de hauts et de bas, un parcours en dents de scie, fait de ruptures brutales, de rebonds et de soubresauts. L’excellence reconnue ne dure pas. Chaque individu, aussi talentueux soit-il, connaît une acmé plus ou moins longue et prononcée, qui inexorablement le portera vers le déclin de sa condition et de son image. Toute la question est de savoir ce que chacun peut faire de la période de creux qui succède à sa réussite.

vendredi 16 décembre 2011

Rien ne s'oppose à la nuit, de Delphine de Vigan

La famille est certainement un repère essentiel de l’organisation de notre société. Mais est-elle toujours la meilleure source d’émancipation et d’épanouissement pour les individus qui la composent ? Un comportement déplacé, malsain ou franchement condamnable entre membres d’une même famille peut-il avoir des répercussions sur les générations suivantes ? Sommes-nous condamnés à subir puis reproduire les errements de ceux qui nous précèdent ou notre rapport à nos enfants peut-il au contraire se détacher de ces aspects et se construire selon un libre-arbitre franc et assumé ? 

dimanche 27 novembre 2011

Avant le silence des forêts, de Lilyane Beauquel

L’horreur de la guerre peut se dire d’autant de manières qu’il y a d’auteurs pour l’écrire. On voudrait la dire instinctivement par des cris ou dans un sanglot étouffé, pour exprimer le caractère tragique et déchirant de ce qu’elle accompagne : la peur, les blessés, l’angoisse, la Mort, les morts. L’horreur de la guerre chuchotée par Lilyane Beauquel dans Avant le silence des forêts, trouve une tonalité inédite, drapée dans un style complet, poétique et particulièrement doux. L’horreur de la guerre de Lilyane Beauquel est une longue et douloureuse poésie.

vendredi 28 octobre 2011

L'art français de la guerre, d'Alexis Jenni

La guerre est-elle la grande affaire des nations, comme l’affirmait Sun Tzu dans son Art de la guerre auquel renvoie immanquablement le titre du dernier roman d’Alexis Jenni ? Est-elle la continuation du Politique par d’autres moyens, comme le théorisait Clausewitz avant d’influencer Clémenceau et de Gaulle au siècle dernier ? Quelque soit sa forme, l’engagement de ses acteurs se nourrit-il de nationalisme? D’idéalisme ? De professionnalisme ? De dépit ? 

mercredi 12 octobre 2011

Mémoires de guerre, de Charles de Gaulle

Du Général de Gaulle on a l’image du Père de la Nation, l’homme providentiel qui s’est érigé seul contre l’invasion de la France par l’Allemagne nazie. Et on a tendance, en général, à négliger son œuvre littéraire qui pourtant est riche, avant guerre comme après guerre. Les Mémoires de Guerre reprennent son action, de l’avant-guerre à l’année qui a suivi la libération de la France par les forces alliées contre les forces de l’axe.

vendredi 16 septembre 2011

L'alcool et la nostalgie, de Mathias Enard

Sur l’amitié, chacun a son idée. Mathias Enard livre la sienne dans L’alcool et la nostalgie, un récit généreux qui emmène le lecteur de Moscou à Novossibirsk, à travers la Sibérie pour un voyage en train qui est l’occasion de s’adresser à l’ami disparu, Vladimir, dont le narrateur ramène le corps jusqu’à son village natal pour qu’il y soit inhumé parmi les siens.

vendredi 2 septembre 2011

Ce que j'appelle oubli, de Laurent Mauvignier

Cinquante-cinq pages. Une seule phrase. Le tout pour raconter une injustice.

Quand David Pujadas relate la mort d’un homme suite à son passage à tabac par trois vigiles dans l’annexe d’un supermarché parce qu’il y a bu une bière sans l’avoir payée, le malaise est palpable. Mais rapidement on passe à autre chose, on parle de l’équipe de France de football, ou de la dernière petite phrase d’un candidat à la présidentielle. Mais quand Laurent Mauvignier s’inspire d’un tel fait divers et fait raconter par son narrateur au frère du disparu ce qu’ont probablement été ses dernières minutes, son sentiment, ses souffrances, ses derniers mots, le malaise se fait crispation, puis il devient colère.


mercredi 31 août 2011

Le fil de la vierge, de Mélina Darcam et Mireille Jambu

En matière de psychiatrie, qu’entendons-nous par maladie ? Où se situe la frontière entre le normal et le pathologique ? La notion même de norme a-t-elle un sens à propos de l’humain, de son esprit ou de son animation ? Qui est normal ? Qui est malade ? Qui ne l’est pas ? Une jeune femme bipolaire livre un témoignage sur ces questions avec Le fil de la vierge, un ouvrage d’autofiction écrit à quatre mains avec sa maman, témoin malgré elle de cette maladie et de ses effets. 

samedi 23 juillet 2011

Générosité, de Richard Powers

Notre psychologie est-elle déterminée par notre patrimoine génétique ? Quelle part de nos traits de personnalité ou de nos humeurs peut être reliée à l’expression de nos gènes ? Aux protéines qui structurent nos neurones ? La conscience contrôle-t-elle le  cerveau, ou est-ce l’inverse ? La question métaphysique de la matérialité de nos sentiments - vieille comme la philosophie de Démocrite - est le thème central du dernier roman de Richard Powers. Magistral. 

jeudi 14 juillet 2011

Retrait de marché, de Clément Caliari

Avec l’amélioration des règles d’hygiène au quotidien, les progrès de l’industrie pharmaceutique constituent la part essentielle de ce qui a permis d’allonger l’espérance de vie des populations occidentales depuis le début du vingtième siècle et jusqu’à nos jours. En quelques dizaines d’années, des solutions thérapeutiques contre certains cancers, contre certaines maladies infectieuses, cardiovasculaires, neurologiques, ont été mises au point et ont contribué à réduire la morbidité dans les pays industrialisés. 


dimanche 3 juillet 2011

D'amour et de colère, de Jean-Louis Béreil

Du militaire on a souvent l’image rugueuse et autoritaire de l’homme occupé par la guerre et par ses horreurs, vivant « à la dure », parlant sans ambages; une personnalité dénuée de sentiments, une machine à tuer. C’est négliger le romantisme qui marque l’engagement de beaucoup de soldats et la sensibilité qui parfois les pousse à rejoindre une organisation structurée qui les rassure. 


lundi 27 juin 2011

Les foudroyés, de Paul Harding

Chaque vie est singulière et chaque mort l’est tout autant. Paul Harding nous invite au chevet de Georges Washington Crosby quelques jours avant sa mort entouré des siens au milieu de son salon au terme d’une lente agonie causée par un cancer généralisé.


mercredi 22 juin 2011

Un cercle de lecteurs autour d'une poêlée de châtaignes, de Jean-Pierre Otte

Le mieux pour partager le goût des livres c’est de lire ce roman de Jean-Pierre Otte. Et en particulier le quatrième chapitre dans lequel au prétexte de la réparation d’un carreau cassé il nous emmène aux tréfonds d’une réflexion large et généreuse autour des conditions de possibilité de l’existence d’un livre, de la vie de l’écrivain, de sa physiologie et de son rôle dans le choix de ses mots, de ses phrases, de leur musicalité, à la vie du lecteur, sa recréation du livre et son appropriation par la lecture, en passant par l’existence même de l’objet, son transport, son rangement, et beaucoup d’autres aspects.


dimanche 19 juin 2011

Journal d'Adam - Journal d'Ève, de Mark Twain

Le monde aurait été construit en six jours. L’homme et la femme le sixième jour. Et ensuite ? Le Livre de la Genèse propose une interprétation des premiers jours de l’homme sur terre, Mark Twain la complète avec malice et dérision dans le Journal d’Adam et dans le Journal d’Ève.


lundi 6 juin 2011

Manifeste Hédoniste, de Michel Onfray

En plus des mots et phrases qui les composent, les livres peuvent aussi être bons par leurs illustrations, par leur mise en pages, par l’enchaînement de leur contenu. C’est le cas du Manifeste Hédoniste de Michel Onfray qui en plus de rappels synthétiques des principaux éléments de sa philosophie propose des témoignages illustrés de proches du philosophe qui viennent conforter la cohérence de sa pensée et habiller certaines de ses idées.


Magnus, de Sylvie Germain

A l’heure où les esprits s’enflamment à propos d’identité, le Magnus de Sylvie Germain invite à revenir aux fondamentaux, à travers l’itinéraire singulier d’un garçon rescapé de l’opération Gomorrhe, le bombardement de la ville de Hambourg en juillet 1943.


dimanche 22 mai 2011

Le rapport de Brodeck, de Philippe Claudel

Un village de quatre-cent âmes qui a connu la guerre, l’humiliation de la collaboration et la déportation de deux de ses habitants est-il capable de rompre avec la xénophobie après avoir survécu au pire ? Il semblerait que non. C’est du moins la thèse de Philippe Claudel dans ce récit extraordinaire et révoltant.


mercredi 18 mai 2011

Si je t'oublie Jérusalem, de William Faulkner

S’il le fallait la tragédie trouve ici ses lettres de noblesse avec le parcours éperdu de Charlotte Rittenmeyer et de Harry Wilbourne, deux amants adultérins empêtrés dans les contradictions de leur époque, engagés dans une fuite en avant que seule alimente leur passion réciproque, pour inéluctablement les mener à la mort déchirante de Charlotte et au chagrin définitif de Harry.
 

lundi 25 avril 2011

La route, de Cormac McCarthy

Que reste-t-il de l’Homme lorsque la société des hommes disparaît ? L’homme civilisé retourne-t-il à l’état sauvage ? L’enfant qui n’a pas connu la civilisation se comporte-t-il en animal ? Quelle peut être l’intimité psychologique d’un survivant à l’apocalypse ? La route apparaît comme une tentative de réponse à ces questions fondamentales: L’apocalypse a eu lieu, un père et son fils cherchent à survivre et marchent vers le sud. Les relations entre survivants se résument à une lutte anthropophage pour s’approprier les produits rares : nourriture, armes, vêtements chauds. Tout au long de leurs déplacements chaotiques, le petit et son père sont livrés à eux-mêmes, confrontés à l’instinct des autres survivants et aux éléments naturels.



dimanche 17 avril 2011

Le corps des anges, de Mathieu Riboulet

Il faut du talent pour parler de la mort et réussir à la rendre belle. Surtout quand cette mort est donnée. Mathieu Riboulet a ce talent : Il emprunte au réel ou à ce qui pourrait l’être et poétise son récit à travers une prose remarquable pour en faire un chef d’œuvre.
 

dimanche 3 avril 2011

Le fils, de Michel Rostain

Le fils, c’est celui de l’auteur. C’est aussi - plus surprenant - le narrateur du récit. Dans ce premier livre, Michel Rostain fait dire par son fils le deuil de ceux qui l’ont aimé, et qui l’ont vu disparaître à vingt-et-un an à la suite d’une méningite foudroyante.


dimanche 27 mars 2011

Olivier, de Jérôme Garcin

Olivier, c’est le prénom du jumeau de Jérôme Garcin disparu à l’aube de leur sixième année dans un accident de la route. Olivier, c’est donc aussi le titre du dernier livre de Jérôme Garcin, écrit près de cinquante ans après ce drame, et explicitement adressé à ce frère disparu.


mardi 22 mars 2011

American Psycho, de Brett Easton Ellis

Il paraît que ce livre a fait un scandale lorsqu’il est sorti aux Etats-Unis il y a vingt ans. Ce qui est certain, c’est qu’on en ressort un peu secoué. Fasciné et secoué. C’est l’histoire à New-York d’un jeune cadre financier de haut niveau qui se révèle être un tueur en série.


mercredi 16 mars 2011

Des gens très bien, d'Alexandre Jardin

C’est une grande satisfaction de commencer ici avec le dernier livre d’Alexandre Jardin, Des gens très bien, chez Grasset. D’abord parce que l’auteur est fondateur de Lire et faire lire, une association pour partager avec les enfants le plaisir de la lecture. Une association pour donner le goût du livre à tous les enfants de tous les départements de France. Alexandre Jardin s’en revendique explicitement dans Des gens très bien, invoquant un hommage à la religion du Livre : un hommage au judaïsme.